La Villa Arson : le visiteur face au mur

Nice ↔️ Cotonou, échanges

Jean-Pierre Simon, directeur de la Villa Arson, a programmé des expositions il y a plusieurs années au Centre Culturel français de Cotonou au Bénin. Aujourd’hui, la Villa Arson entame une collaboration avec le Centre Arts et Cultures Lobozounkpa de Cotonou. Créé en 2014, avec le soutien de la Galerie Vallois de Paris et le Collectif des Antiquaires de Saint-Germain-des-Prés, le Centre est un lieu de création, de résidence, d’exposition et d’expression artistique. Il est conçu comme un lieu d’échange avec la présence d’un espace scénique, d’une médiathèque et d’un café.

photo du Centre, site internet http://www.lecentredubenin.org

STOP MA PA TA

ma matière première n’est pas ta matière première.

Le directeur du Centre n’est autre que Dominique Zinkpé, un artiste peintre et sculpteur qui occupe la scène artistique depuis le début des années 90. Représenté par plusieurs oeuvres dans l’exposition, Zinkpé donne une bonne interprétation du nom de l’exposition avec son installation Voyage, réalisée en 2015.

….     

On retrouve dans beaucoup de ses oeuvres l’utilisation d’objets courants, telles les tongs ici ou les sacs tissés en plastique. Ces objets transformables qui prennent une autre dimension dans les mains de ces artistes béninois, portent une lourde critique sur notre société et notre notion de la norme. Cette exposition aborde de différents points de vue la question de l’immigration. Ici, le visiteur est confronté à la réalité : malheurs, douleur et mort. On a tous été spectateurs via nos écrans de ces terribles images des naufragés morts sur les côtes. On oublie vite. Ici, des noms sont inscrits sur les tongs et on retrouve sur la TV des témoignages. On voit ce bateau, au centre de la composition et toutes ces tongs adultes qui convergent vers lui, un petit tas de pointures enfant, assemblé en forme de cercueil, fait le contrepoint de la vague près du bateau.

Le bateau au centre de l’installation est un assemblage de statues Ibéji. Les statues Ibéji font partie d’une tradition religieuse. Lorsqu’un jumeau meurt, une statue Ibéji est sculptée pour accueillir son âme et ainsi faire perdurer l’équilibre entre les deux êtres. Pour plus de précision, je vous renvoie à l’article sur le sujet du site Art et Afrique. Cette statue souligne le lien indéfectible qu’il existe entre deux hommes. Un lien, qui existe toujours entre les morts et ceux qui leur survivent. Cette oeuvre nous rappelle qu’il y a ceux qui restent. Nous sommes aussi ceux qui restent, nous qui sommes de l’autre côté de la mer et qui sommes des inconnus.

J’ai ressenti une terrible tristesse lorsque j’ai été confrontée à cette oeuvre. Il y avait là un poids immense, celui de ma responsabilité dans tout ça ? Celui de mon humanité. J’ai senti ce déchirement de l’âme face à la mort. Après avoir appris la signification des statues Ibéji je comprends d’autant mieux.

 

Le visiteur face au mur

photo de la ©Villa Arson.

Face aux oeuvres ! Elles nous sollicitent et nous intègrent dans l’histoire qu’elles racontent. Notre rôle de regardeur est critiqué, mis à mal par les oeuvres et la muséographie. Par notre présence et nos mouvements, nous donnons aussi sens aux oeuvres. Didier Viodé propose 12 dessins de la série Migrants, réalisée en 2016. J’ai beaucoup aimé la manière de présenter ces dessins, épinglés à une corde. L’oeuvre, touchant un sujet lourd est simplement suspendue et se balance légèrement entre deux murs. La photo ci-dessus est prise en contre-plongée et nous permet de voir les oeuvres au fond sur le mur. Dans l’exposition, vous devez traverser la salle, autrement dit passer sous les Migrants pour accéder à la suite [photo ci-dessous].

photo de la ©Villa Arson.

Vous les regardez, vous éprouvez certains sentiments, puis, pour continuer, vous passez par dessous et passez votre chemin. Cela résonne avec notre rapport aux migrants à travers les médias, on éteint la TV et on passe à la suite. J’ai trouvé cet accrochage très probant.

Mais, je ne vous en dis pas plus, je vous invite à découvrir cette exposition surprenante à la Villa Arson.

Info pratiques.

Procurez vous l’édition spéciale de La Strada qui fait office de petit catalogue de l’exposition.

Stop Ma Ta Pa, 4 juin au 17 septembre 2017
Ouvert tous les jours de 14h à 18h (de 14h à 19h en juillet et août) sauf le mardi.
Visites :
Pour les individuels : tous les jours à 15h (sauf mardi), durant les périodes d’expositions.
Sur présentation à l’accueil et sans réservation préalable.
Durée : 1h30
Tarif : 5€ / Gratuit pour les moins de 18 ans et avec la carte French Pass Riviera

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