Robolution au Musée

ou l’imaginaire robotique futuriste prend son quart au musée

L’émotion humaine est au cœur des problématiques de médiation. L’expérience du visiteur durant la visite s’organise majoritairement entre l’impact des objets/savoir, en fonction de l’approche, et le confort, en fonction de l’accès aux connaissances. Deux sentiments semblent plus fortement exprimés : le plaisir et la frustration. Le médiateur intervient auprès du public, naviguant parmi le flux d’émotions qui sont autant d’interactions possibles entre le médiateur et le public, les œuvres et le public.

La médiation technicisée, en tant qu’expérience, est aussi productrice d’émotions. Nous avons observé que le plaisir et la frustration étaient les impressions les plus fortes induites par la médiation. Ainsi, le médiateur par l’usage de la parole et du geste permet d’instaurer un climat propice à la communion avec les objets. Un sentiment proche de la notion de plaisir, qui marque le visiteur par la force de l’expérience. L’expérience est la notion promulguée par les musées pour attirer son public, faisant notamment l’éloge des nouvelles technologies et des possibles qu’elles représentent. La notion de plaisir s’attache, en effet, à l’utilisation d’outils numériques et la force de cette notion numérique dans le contexte muséal. Cependant, la médiation numérique a ses limites.

http://www.bilan.ch/etienne-dumont/courants-dart/societefaut-tuer-mediateurs-culturels-musees?hash=9f595249-a082-46d7-aaf6-39bb21d2360a

Le retard technologique ?

Les installations numériques aux musées semblent souvent assez vétustes en regard des technologies inscrites dans notre quotidien. Cependant, la volonté d’être à la pointe technologique est exacerbée par l’obsolescence programmée qui nous contraint à renouveler le matériel électronique, de plus le fait de rendre accessibles les innovations, alors qu’elles semblent dépassées, donne toujours l’impression au consommateur d’être « démodé ». La notion de mode est inhérente à l’évolution constante du matériel numérique. Ce type d’installation à un coût important pour les institutions culturelles. Avoir la possibilité d’utiliser un matériel à la mode dans les musées, par exemple l’iPad, est source d’excitation pour le visiteur qui se place dans une logique de découverte, propice à s’intéresser aux objets présentés. C’est aussi un plaisir lié à l’idée de divertissement par les nouvelles technologies, dans un lieu considéré comme ennuyeux, ou immobile, et poussiéreux, ou tourné vers le passé. Par l’outil numérique, le musée montre au visiteur que son intérêt est tourné vers l’actuel, l’histoire présente et future en s’appuyant sur les objets du passé, plutôt qu’un culte de ces objets et un déni de l’évolution de la société. Le divertissement que représente l’outil de médiation devient source de plaisir, en allégeant le poids de l’action culturelle : l’éducatif s’établit sur un plan informel. Enfin, le plaisir du visiteur vient du fait de prendre du plaisir à être au musée. La satisfaction née de l’impression de divertissement, de l’excitation liée à la découverte, amène le visiteur à se réapproprier ce lieu social. De fait, le sentiment résultant s’attache au plaisir de pouvoir à nouveau avoir accès au musée, sorte de retrouvailles avec les traces historiques.

l’arrivée du Robot-Guide dans les lieux culturels

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Une question. Si la médiation présentielle est vouée à perdre toute humanité, voit-on apparaître une médiation androïde ? En regard des dernières innovations, notamment la création de BB8, doit-on attendre une telle évolution du musée ? Doit-on craindre l’entrée de Robotnik au musée, c’est- à-dire, dans le contexte de l’omniprésence du jeu vidéo et de la science-fiction, va-t- on assister à une robotisation du musée ? En effet, si une innovation comme BB8 en est au stade de l’expérimentation, en considérant la vitesse des avancées technologiques, nous pouvons imaginer une médiation présentielle via un droïde, capable de projeter des hologrammes et d’engager le dialogue via l’utilisation d’un smartphone.

On constate dès 2007 une présence plus importante de robot au musée : Docent est le premier robot-guide à être créé, aujourd’hui toujours en poste dans un musée Coréen. Ses capacités de déplacement, de projection et de commentaire font de lui un guide complet. L’usage majoritaire de cette technologie est souvent réservé à un public empêché, afin de lui permettre l’accès à des collections auquel il ne peut voir accès, soit à cause d’un handicap, soit parce que le lieu n’accueille pas de visiteur, soit à cause de la distance pour les publics scolaires.

2013 marque un tournant important avec la Biennale d’Art Contemporain de Lyon, durant laquelle une trentaine de robots sont intervenus pour interagir avec le public et les oeuvres, comme au Sciences Museum de Londres où l’on  vu 15 robots proposer des visites. L’engouement européen pour la robolution a donné naissance au premier musée du robot à Madrid. La même année, à Lyon toujours, se tenait Innorobo, le salon du robot. Là, plusieurs modèles de robot d’assistance ont été pressentis pour assurer l’accueil et la médiation des lieux culturels dont FURo, Reem. C’est d’ailleurs en 2013 que Norio a été mis en place au château d’Orion. Ce robot-caméra permet aux handicapés de visiter l’état du château, par un procédé très intéressant, ce robot permet un vrai échange. En effet, si le visiteur handicapé peut voir les différentes salles via la caméra, son visage est aussi filmé et diffusé sur Norio, permettant ainsi d’échanger avec les amis présents à l’étage et de voir les réactions du visiteur en direct. Ce procédé me paraît tout à fait intéressant.

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Le robot caméra avait déjà été utilisé par Versailles en 2007, permettant aux abonnés orange de suivre des visites via la fibre. Cela a donné lieu au service « Versailles en Direct », proposant au public scolaire des visites de Versailles par visioconférence. En 2014, c’est le Tate Britain qui propose 5 nuits de visites par robot-caméra à la lueur d’une lampe torche.

 l’exemple d’Autun

L’outil de médiation technicisé à peut-être plus vocation à devenir un objet du discours du médiateur, ses actions de développant autour de débats sur l’usage des nouvelles technologies au musée, et leur adaptation à des contextes plus particuliers. C’est l’appropriation que semble en faire la ville d’Autun. La ville utilise la nouvelle technologie avec beaucoup de simplicité, intégrant le numérique dans ses infrastructures sans souci de coût ou de rentabilité, seulement pour enrichir la visite. C’est d’ailleurs la question de la rentabilité qui fausse l’usage du numérique dans les musées. Ici, le numérique est utilisé pour l’autonomisation de la visite et de façon complètement assumée pour susciter la curiosité du public. Dans cette démarche, Autun est complètement honnête envers elle-même ce qui permet une utilisation adéquate des outils.

« La technologie est une interface, un outil. La médiation humaine est irremplaçable. Le robot n’a de place qu’en présence d’un médiateur. Sans médiateur, autant se contenter d’un site web avec de jolies images. Sans médiateur, l’aspect ludique prendrait le pas sur l’aspect utilitaire.. et on oublierait que l’objectif, c’est d’aller découvrir une oeuvre. »
⇋ retrouvez l’entretien de Cartel Mère avec Anne Pasquet.

En 2010, le projet territorial « galerie numérique du Morvan » pousse les différentes communes à entreprendre des initiatives numériques, Autun met en place plusieurs dispositifs, dont le robot Beam pro, un robot de téléprésence permettant de réinscrire les visites à distance dans un contexte spatial. L’utilisation du robot permet une meilleure mobilité qu’une visioconférence par exemple, mais a cependant encore quelques faiblesses, surtout au niveau de la qualité de l’image et de l’angle de caméra assez réduit.

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Il n’est pas question de dépeindre une quelconque concurrence entre la médiation présentielle et la médiation technicisée, même si elle existe à petite échelle au musée. L’objectif n’est pas de déterminer l’une des pratiques comme positive et l’autre comme négative, mais plutôt de constater que ces usages sont complémentaires et que leur intervention dans le musée ne saurait être plus enrichissante que de concert. Il s’agit ici de satisfaire le public, de rendre l’expérience intense, la solution est donc peut-être de coupler les deux pratiques dans une visite très complète mettant en œuvre les nouvelles technologies au service du discours du médiateur, faisant pour sa part, le lien social entre les différents éléments. Le plaisir lié à l’usage des outils de médiation et le plaisir lié à l’éloquence et à l’emphase de la prestation du médiateur amèneraient ainsi le visiteur à vivre une expérience très forte. Les coûts budgétaires du musée seraient certainement plus importants, mais posons la question dans le cadre de réflexion impliquant de l’expérience du public. Il faut considérer que cette attitude de double dispositif permettrait aussi de réduire le sentiment de frustration lié à tel ou tel aspect d’une ou l’autre des médiations.

Pour finir, je vous laisse avec Guido, le robot-guide conçu par l’artiste Paul Gannon et 15 étudiants pour l’exposition « Eppur si Muove » au Musée d’Art Moderne du Luxembourg, en collaboration avec le Musée des Arts et Métiers de Paris.

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