Future Starts Now P.2 Objet universel, collection personnelle


[Deuxième Partie [Resume] : La grande question de la collection via le média numérique. La collecte d’info sur internet et les sources. La bibliothèque numérique. Numérisation des collections.]

Frank NIEDERCORN : « La numérisation des œuvres a constitué une première révolution pour les musées. Le mobile constitue la deuxième. Il va être une sorte de ciment permettant de relier toutes les briques numériques qui se sont empilées depuis des années sans forcément communiquer. » (1)
"Kimsooja : To Breathe", exposition au Centre Pompidou-Metz
Collection de photo des Instagramers pendant l’exposition « Kimsooja : To Breathe », au Centre Pompidou-Metz.

Tout se collectionne sur internet, ce qui en fait une véritable mine d’informations. Mais c’est aussi un problème : celui de la véracité des sources. Avec internet et le nombre d’entrées quasi illimité donné par un mot clef, nous devons vérifier nos sources. Une étude montre qu’en 2010, seuls 12% des français se soucient des sources d’information sur internet, contre 34% pour l’Allemagne. [Non, nous ne pouvons décidément pas la jouer à la Jim Gordon avec les infos du Pingouin #Gotham]. Et les citer ! Mais la problématique des droits d’auteur sur internet est un autre sujet.

Pourquoi cette appétence pour l’information numérique ? Le bel article de Louise Tourret met en avant un fort élément de réponse : la bibliothèque française est inefficace dans sa configuration actuelle. L’amplitude horaire des bibliothèques, BU ou municipales, est trop restreinte et ne permet pas à ses utilisateurs un accès suffisant. On note ce chiffre : ouverte en moyenne 61H/semaine, la bibliothèque française est en dessous de la moyenne européenne à 64H/semaine. Pourtant, le lieu est dédié à la recherche, attaché à cette idée de calme et de concentration, il est le temple du savoir. Ici, repérer les sources de moindre qualité est plus facile, elles sont moins nombreuses et nous avons accès à beaucoup de matière pour comparer, que ce soit dans les livres ou sur internet.

Vous voyez arriver le coeur du sujet avec ses gros souliers ! Les bibliothèques ont commencé un énorme travail de numérisation. Fraîchement débarqué de ma vie étudiante, je suis encore très attachée à Gallica, Google Books ou à l‘Encyclopédie Universalis (consultable gratuitement grâce à ma Fac). La BNF s’est lancée en 2008 dans une campagne de numérisation de masse, incluant la numérisation de 2500 ouvrages par jour, soit 400 000 ouvrages numérisés et consultables du Gallica fin 2010. Mais il y a évidemment une pluralité de sites qui offrent la possibilité de consulter des ouvrages numérisés. La réalisation de bases de données comme culture.fr, résulte d’un plan de numérisation nationale, débuté en 2007, qui totalise aujourd’hui plus de 5 millions de documents et 3,7 millions d’images. De larges opérations visent à la démocratisation et à l’accès universel à la culture. D’ailleurs, comme la base française, d’autres pays ont rassemblé leurs collections sur internet (numerique.be en Belgique, yourpaintings.uk au Royaume-Uni). Moi qui suis une adepte du travail at home, j’approuve ces initiatives à 100% !

Tomoko Konoike. mimio-Odyssey, 2005. Gift of Roger L. Weston.

Mes études en Histoire de l’Art m’ont rendu indispensable les sites hébergeurs d’images, afin de pouvoir travailler sur mes exposés entre autres. La base Joconde, wikipédia [seulement pour les images attention !], google image, etc. Les sites de numérisation littéraire habitent aussi souvent des reproductions d’oeuvre. La question est toujours de trouver la meilleure reproduction, dans la meilleure qualité possible, afin de pouvoir zoomer  sur les détails de l’oeuvre. Le site T.O.M., dans un récent billet, surnomme internet « l’album photo varié », prévoyant une augmentation de 15% de la présence de photos sur internet pour 2016. Sachant que nous alimentons nous-mêmes cette machine à information, le Big Data, il devient difficile de trouver une image identique à l’oeuvre. Un simple rognage de quelques centimètres peut masquer un détail de lecture de l’oeuvre, parfois essentiel à sa compréhension. La couleur est très vite tronquée aussi, détournant l’intention de l’artiste, l’intensité du discours. L’exemple de l’oeuvre de Munch est assez probant. En cliquant sur google image, voilà les quatre premiers résultats qui s’affichent, dont j’ai simplement fait un screenshot. [Trouver la bonne image pour cet exposé en L2…. mamamia]. On voit très bien à quel point la couleur ou le cadrage change le propos, apportant telle ou telle tendance au discours.

Edward Much, Soirée sur l'avenue Karl Johann, 1892 Huile sur toile, 84,5 x 121,5, Musée des beaux-arts de Bergen, screen shot, google image.

La mieux est encore de s’approvisionner directement sur le site du Musée où l’oeuvre est conservée, lorsque c’est possible (2). On voit ici que l’original est beaucoup moins vif, faisant ressortir la pâleur et la tristesse du lieu et des visages.

Edward Munch, Aften på Karl Johan, 1892, © Munch-museet / Munch-Ellingsen gruppen / BONO.
Edward Munch, Aften på Karl Johan, 1892, © Munch-museet / Munch-Ellingsen gruppen / BONO.

Ainsi, les campagnes de numérisation des oeuvres représentent un enrichissement certain de notre base internet, faut-il, encore et toujours, vérifier sa source. On note cependant un certain nombre d’initiatives très intelligentes. En 2008, le projet Europeana voit le jour, avec pour objectif de permettre l’accès multilingue à 15 millions d’œuvres. Ces initiatives, d’abord craintes, montrent une volonté de permettre l’accès à la culture plus largement, en réduisant les barrières géographiques, linguistiques, gardant pour seule barrière l’accès à la toile pour des raisons économiques ou par manque de connexion au réseau. En 1991, plusieurs musées et organismes, gérant des collections d’art moderne et contemporain, se sont réunis en association autour d’un projet de mise en ligne de leur collection : Videomuseum. Cette banque de données compte aujourd’hui près de 315 000 œuvres et 235 000 images, regroupant 60 collections autour de l’outil navigart : système de recherche multicritère capable d’associer les différentes sources pour constituer une banque de données commune. Naviguart est aussi un outil pour les utilisateurs qui veulent réaliser leur propre galerie, on retrouve cette idée dans les projets plus récents de Wikipédia ou encore Google Art Institute.

L’omniprésence d’internet est assez neuve, entre 1990 et 2000 on voit apparaître les systèmes de réservation en ligne, les cyberboutiques, notamment. Ce contexte neuf va permettre au visiteur de jouer un nouveau rôle. Le champ du savoir est ouvert à tous, nous sommes à l’ère de l’information de masse et chacun commence à s’exprimer en tant qu’individu sur tous les sujets. Le partage d’information s’optimise, et bientôt les musées s’emparent de cette logique. Le mouvement des sciences citoyennes apparaît aux États-Unis, bâti sur le principe de témoignage du citoyen, considéré en opposition au témoin figé qu’est le musée, qui vient aux côtés de la science pour rendre une expérience plus complète. Cette nouvelle conception permet de réaliser une base de données importante pour enrichir les savoirs. Ici la science renoue avec le bénévolat et la passion, le visiteur n’est plus conditionné par les murs du musée, son action est libérée par l’espace virtuel d’internet et légitimée par les scientifiques dans un processus de réappropriation du patrimoine. Nous assistons à la naissance de ce que Bernard Stiegler appelle « l’amatorat »(3).

Dans l’attente de la troisième partie de cet article, je vous invite à vous plonger dans l’exposition contemporaine à William Shakespeare, à travers les yeux de Jane Austen. Un exemple de reconstitution possible grâce au numérique et porteur d’un discours d’une certaine importance scientifique.

Enjoy what Jane Saw !

whatjanesaw.org, screenshot


[Troisième Partie [Resume] :  L’amateur de culture VS le consommateur de culture. Initiatives de médiation participative. Question de la source omniprésente. Entre point de vue, amour et savoir.]

1. NIEDERCORN Frank, « Le smartphone au cœur du musée du futur », Les Echos, mis en ligne le 17/03/2015.

2. Lire à ce sujet : « Les catalogues de collections des musées en ligne, au carrefour des points de vue. De la médiation à la propédeutique du l’image numérique », in Dufresne B., Ihadjadene M., Numérisation du Patrimoine et Nouvelles formes de Médiation, Paris, Edition Herman, 2012.

3. STIEGLER Bernard, « Le temps de l’amatorat », in : Jean-Marc Lévy-Leblond (dir.), Amateurs ?, Alliage, n° 69, oct. 2011, Nice, Université de Nice-Sophia Antipolis, Conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, Centre national du Livre, p. 161-179.

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