Bienvenue dans la 3° dimension – le rêve futuriste des années 2000

« C’est une peinture fragmentée en blocs. Une image décomposée. Mais elle n’a pas le caractère liquide que nous soumet l’ère numérique. Ici le mouvement est figé. » (1)
Isabelle Cornaro, Paysage IX, de la série Paysages avec Poussin et témoins oculaires, Dernière exposition du cycle « Des gestes de la pensée », la Verrière, ©Fondation d’entreprise Hermès

Isabelle Cornaro décide, dans sa dernière installation à Bruxelles, d’explorer la peinture en 3D. Pas la 3D numérique, non, la 3D physique. Faire des nous des explorateurs des strates et des formes qui composent les toiles, voilà ce qu’elle nous propose. A l’heure où les lieux d’exposition rivalisent d’innovation en terme de médiation et cherchent à nous donner une expérience numérique de l’art, l’artiste se pose à contre-courant, rentrant dans l’art par l’art. L’exposition de ce début 2016 dans la capitale belge, nous offre la possibilité de s’interroger sur cette question de l’usage culturel de la 3D.

Je ne parle pas de la 3D au cinéma, mais nous pouvons évoquer l’univers du jeu vidéo qui a une assez grande influence sur notre rapport à la technologie. Les principes de réalité augmentée sont intégrés à la médiation, jusqu’à devenir l’exposition elle-même. On retrouve ça à travers le travail de Geoffrey Lillemon, je vous conseille de regarder de plus près son projet The Nail Polish Inferno (2013). Dans un registre surréaliste, l’artiste emprunte à la science-fiction, à l’horreur et au pornographique pour cette première création virtuelle d’une œuvre/exposition. L’exposition est téléchargeable gratuitement sur PC et Mac, mais la technologie est nécessaire pour en profiter pleinement. L’Oculus Rift permet au visiteur d’entrer dans l’exposition pour s’approcher des différentes figures présentes, pour regarder. Nous restons, à travers ce premier pas vers une nouvelle approche artistique, dans un cadre de découverte d’un ailleurs inaccessible, comme pour l’exposition « Maroc Contemporain« .

L’idée de découverte d’un ailleurs inaccessible rappelle le rêve fou des années 2000 et du grand changement, de la technologie omniprésente et des voitures volantes ! Mais aujourd’hui, c’est dans une appréhension plus sociale que l’on imagine cet éden, loin des obligations, de la dépression et de la vitesse de nos vies. Ainsi, toujours avec l’utilisation de l’Occlus Rift, l’artiste israélienne Ziv Schneider inaugure en janvier 2015 The Muséum of Stolon Art. Ainsi vous pouvez vous promener dans un musée, votre casque devant les yeux, et observer de nombreuses oeuvres hautes définitions aujourd’hui disparut. [A toujours consulter : le site CLIC].

Comme je l’ai déjà exprimé ici, je ne suis pas pour le numérique à tout prix, surtout lorsqu’il menace la présence déjà fragile de visites réelles, accompagnées d’un médiateur ou d’un guide, facteur avant tout de lien social. Mais il existe une initiative dont je voudrai vraiment vous parler.

Conserver & préserver avec le numérique

Le numérique est finalement un moyen supplémentaire pour le musée de remplir ses trois missions initiales. Un moyen de conserver d’abord, par exemple à travers différentes opérations de numérisation à large spectre comme le projet youraintings, réunissant la BBC et l’association Public Catalogue Foundation. Le recensement et la photographie de toutes les toiles du domaine public du Royaume-Uni ont pris dix ans et représentent un total d’environ 210 000 œuvres. Il donne aujourd’hui la possibilité à la BBC de présenter des émissions culturelles comme The Culture Show, mettant en question des œuvres de ce riche catalogue réuni sur internet. L’une de ces enquêtes a porté sur une œuvre, considérée alors comme une copie d’Anthony Van Dyck, et a donné lieu à une conclusion intéressante. L’expert britannique du peintre, Christopher Brown a pu identifier cette œuvre, après qu’elle ait été restaurée, comme un original. C’est ainsi, par l’intermédiaire du numérique qu’on a pu retrouver une œuvre d’art estimée à plus d’un million de livres. Cet aspect de la conservation du patrimoine est appuyé par la facilité à conserver des métadonnées sur internet, cet espace infini capable d’amasser un savoir sans borne.

« Digital Archéology, in my view, is the best hope that we have for reserving the architecture, the art history of these sites. » (2)

The Institute for Digital Archeology est un bon exemple des actions de préservation possibles avec le numérique. Le projet The million Image Database Project, une collaboration des universités d’Oxford et de Harvard avec Unesco World Heritage, veut documenter les sites et objets de l’ouest de l’Asie à l’aide de 10 000 caméras 3D, avant leur destruction. Après 5 ans de réflexion et conception, les 6 derniers mois ont été le théâtre d’une accélération, pour pallier le nombre grandissant de bombardements en Syrie et en Irak. À travers ce processus, le projet espère sauver l’image, au sens propre, de différents sites afin de permettre aux populations indigènes de garder une trace de leur patrimoine. Ces prises de vue peuvent faire l’objet d’expositions, et d’études, devenant un substitut fiable pour écrire l’Histoire. Archéovision, avec le CNRS, l’université de Bordeaux et la Région Aquitaine propose de modéliser, à partir de ce type de prises de vue, des maquettes numériques 3D que l’on peut visiter via l’écran.

Comme quoi, mon smartphone, ta tablette, ne sont pas QUE des gadgets de l’ère numérique.

1. Isabelle Cornaro, propos recueillis par Magalie Lesauvage, « À Bruxelles, Isabelle Cornaro dresse un magistral monument à la peinture », exposante.com, mis en ligne le 27/01/2016.

2. Jillian Steinhauer, « New Digital Archaeology Effort Attempts to Capture Cultural Heritage Before It’s Gone », Hyperallergic.com, mis en ligne 4/09/2015.

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