L’impertinent Toulouse-Lautrec

Henri de Toulouse-Lautrec (French, 1864–1901) The Sacred Grove, 1884 Oil on canvas 172 x 380 cm, Princeton University Art Museum, © 2016 The Henry and Rose Pearlman Foundation

Le Bois Sacré, 1884, huile sur toile, 172 x 380 cm

CONTEXTE
Toulouse-Lautrec a 30 ans lorsqu’il réalise cette toile.
J’aime d’abord son influence Puvis de Chavannes… Influence ? [Vocabulaire banni] En réalité, l’artiste réalise ici une parodie du Bois Sacré cher aux Arts et aux Muses peint la même année par Puvis de Chavannes, oeuvre monumentale faisant partie d’une trinité à destination de l’escalier monumental du Musée des Beaux-Arts de Lyon. [Pour cibler plus clairement l’oeuvre et la ville de Lyon, Toulouse-Lautrec remplace la couronne de laurier du jeune éphèbe au premier plan, par une couronne de pain, tradition lyonnaise].

DANS LE DETAIL

  1. On voit, dans ce décor à l’antique, quelques nymphes étendues dans le paysage.Mais quelques éléments viennent perturber la composition.
    D’abord, la grosse horloge sur le monument antique place cette oeuvre dans la thématique du temps, en relation avec le tube de couleur que portent les deux anges, l’artiste dépeint un tournant dans la pratique artistique. Le tube de couleur révolutionne notre contact à l’art, permettant aux artistes d’aller peindre sur le motif sans porter énormément de matériel. [Cézanne pouvait porter jusqu’à 7 Kg de matériel sur le dos].
  2. Mais il dépeint aussi un tournant dans l’histoire de l’art, tout jeune, il se proclame de la nouveauté contrairement à Puvis de Chavannes et à la peinture académique que l’on retrouve dans son travail. [La figure du peintre en bas à gauche, en réflexion devant les modèles, est une citation directe d’une autre toile de Puvis de Chavannes, Le Fils Prodigue]. On retrouve d’ailleurs la modernité qui s’invite dans ce monde, prenant une tournure dévoyée où les hommes modernes et habillés côtoient ces jeunes filles et éphèbes dénudés. [Toulouse-Lautrec est réputé pour son amour des maisons closes et des prostituées].
  3. Vous remarquerez d’ailleurs un agent de police qui surveille la situation, tout à son observation il manque de voir le nain lui uriner sur les basques. Ce nain qui n’est autre que Toulouse-Lautrec lui-même, faisant un pied de nez au dogme académique.
  4. Dernier détail, on retrouve sur l’oeuvre le nom de deux personnes : Meissonier et Mrs. Mackay, sur le chevalet du peintre. Ernest Meissonier est un peintre de l’académie qui réalisa un portrait de cette dame d’origine irlandaise. Celle-ci paya pour le tableau, mais le détesta tant qu’elle le brula presque illico. Cette affaire va chambouler le monde artistique de 1884, posant la question de l’objet d’art sacré et du peintre compris comme un intermédiaire entre le monde céleste et le monde terrestre. L’artiste l’ajoute ici comme un énième argument en faveur de son talent, de la modernité et de la désuétude de la conception de l’art par l’Académie.

 

FOCUS

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PLUS

The Henry and Rose Perlman Foundation
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